• Le Journal

    LE JOURNAL EST SORTI ! Vous pouvez vous le procurer sur les marchés de Bayonne et d'Anglet pendant le mois de janvier ! Il est distribué par les Crieurs publics !

    Ci-dessous, retrouvez tous les articles écrits et les dessins réalisés dans une version numérique !

    Merci à toutes les personnes qui auront œuvré pour la réalisation de ce projet fou de près ou de loin !!!!!


     


  • Les articles du journal

     

    L’ÉDITORIAL

    La vie est une drôle d’histoire.
    La vie c’est ce que l’on dévore goulûment quand on est jeune, c’est ce que l’on déguste plus tard et ce que l’on rumine quand il est vraiment très tard.

    La vie est une drôle d’histoire.
    Il suffit d’ouvrir un journal pour s’en convaincre parce qu’un journal, ça sert à feuilleter la vie de tous les jours.
    Alors, les Lézards qui bougent ce sont dit : pourquoi pas imaginer d’écrire un journal pour montrer que la vie peut-être encore plus drôle. Chiche! ont répondu une dizaine de journalistes amateurs. C’est ainsi que ce journal est né.
    Mais comme il semblait difficile de raconter la vie de demain, ceux et celles qui ont écrit ce journal ont préféré raconter la vie d’hier en montrant comment on aurait pu vivre à Bayonne au temps de Molière.

    C’est ce qu’on appelle se réapproprier l’histoire.
    L’histoire n’appartient pas aux historiens,
    elle fait partie de nous.
    En réalité, en racontant l’histoire à notre façon,
    nous rêvons ce que nous aimerions vivre aujourd’hui.

    Rêver sa vie, n’est-ce pas une jolie définition de la culture.
    Rêver sa vie c’est pas un luxe, c’est vital.
    Ça peut être drôle. Ça peut être sérieux.
    Ça peut se faire seul ou à plusieurs.

    Oui vraiment, la vie est une drôle d’histoire
    sans doute parce que c’est une histoire sans fin.

    Claude Labat


    Oui, Claude,  la vie est une drôle d’histoire.
    Elle se compose d’une myriade de petites histoires
    qui scintillent dans les yeux des passionnés;
    Petites histoires faites de rencontres et de songes partagés.
    Oui, la vie on voudrait toujours qu’elle puisse nous faire
    rêver. Et surtout, on souhaiterait que de grands yeux
    ouverts au monde puissent répondre à l’ostracisme.

    En ces temps troublés, où beaucoup transforment
    leurs peurs en colère, comment ne pas sourire à tous
    ces Don Quichotte qui ont saisi leurs plumes,
    leurs crayons, pour donner vie à ce journal éphémère ?
    Comment ne pas entendre ces chansons françaises,
    transformées par Jacques Nouard, nous conter les aventures de cet émigré napolitain qui, plusieurs siècles plus tôt,
    fut contraint de fuir sa terre natale ?
    Comment ne pas penser alors, à tous nos semblables obligés de fuir sur des embarcations de fortunes leur patrie,
    au risque de s’échouer comme Scapin sur une côte européenne?

    Oui Claude, rêver sa vie est une belle définition de la culture, de ce droit que nous avons tous de projeter notre regard loin, très loin au-delà des maelströms. Mais, c’est aussi à travers le passé, le présent ou l’avenir, nous questionner sur le monde. Une façon, peut-être dérisoire comme le pense certains, de rester ingambe !

    Alors, comment en ce jour de grands troubles,
    ne pas tous vous remercier pour votre engagement ?
    Que vous soyez écrivains, dessinateurs, calligraphes,
    chanteurs, crieurs publics, distributeurs de journaux,
    couturières, historiens, passionnés de littérature
    ou tout simplement habitants de nos bourgs,
    vous êtes plus de trois-cent-cinquante à avoir participé
    à la création de ces Nouvelles de Bayonne.

    Votre engagement est une multitude de sourires
    que vous opposez à la Folie du Monde.
    Merci encore pour tout cela, grâce à vous on peut encore
    se sentir vivant !

    Kristian Frédric

     

    Les articles du journal

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La nouvelle de ce numéro exceptionnel s’étant répandue, nous venons de recevoir du Sieur La Grange, célèbre acteur chef de la Troupe du Roy et ancien collaborateur de l’illustre Molière, le document que nous publions ci-dessous, un extrait du journal du grand dramaturge où il nous livre une anecdote surprenante.

    JOURNAL DE MOLIÈRE  
    HISTOIRE D’UNE RAME
    L’AFFAIRE SCAPIN


    Ce soir, j’ai enfin reçu des nouvelles de La Grange. L’état de ma santé m’interdisant les longs voyages, j’ai dû l’envoyer à ma place. Mais je m’impatiente de tous les jours. Je languis de savoir. Pour le moment, le mystère reste entier et la résolution de l’énigme obsède mon esprit. Est-ce la nourriture qu’il me faut pour trouver l’inspiration d’un nouveau style, écrire une tragédie « avec destin » comme le dit La Grange en moquant ma quête ? Peut-être. J’aime faire rire, j’accepte de bon cœur la mission de divertir mes contemporains, mais il m’arrive de rêver comme dans ma jeunesse d’un souffle épique, de héros bravant les dieux et les éléments. Je pourrais croire que c’est cet appétit secret qui m’a poussé quand, lors d’une promenade de hasard, je me suis aventuré jusqu’à une de ces places où le nouveau règne a laissé revenir les chiffonniers, récupérateurs et autres vendeurs d’objets indéfinis, d’usage et d’origine.
    Allant et venant sans but aux alentours de cette sordide caverne d’Ali-Baba, je suis tombé en arrêt devant quelque chose qui m’a semblé extraordinaire. Une pièce de bois impressionnante, de six ou sept pieds de haut et plus de six pouces de diamètre, dont la moitié était garnie de ferrures formant une série de poignées. Mais ce qui a surtout attiré mon attention, c’est l’inscription gravée, découpée par le feu plutôt, qui s’étalait sur cette bûche.
    Un nom : « Scappino », profondément imprimé dans le bois par une flamme mystérieuse, et par là-même, intrigante. Je connaissais déjà ce nom. Un des types de fourbe de la comédie italienne. Mais une rumeur persistante prétendait ce personnage inspiré d’un Napolitain bien réel, un valet capable de mener tant de ruses et d’intrigues que sa réputation s’était répandue partout en Europe. D’après la rumeur, cet homme vivait encore dans sa ville, mais il était devenu une sorte d’ermite inaccessible.
    Qui avait pu signer de cette façon cette chose étrange ?
    Je me suis enquis auprès du marchand de la nature de l’objet et de la manière dont il était venu en sa possession. Il m’a appris qu’on appelle cela le genou d’une rame de galère, la partie de l’aviron qui se trouve à l’intérieur du bord et que les rameurs manœuvrent, d’où les poignées. Devant ma surprise, il m’a expliqué que les agents de l’intendant des galères ne dédaignent pas, lorsqu’on remplace des rames brisées ou trop usées, de revendre les anciennes, entières ou en morceaux, dans des lots qui sont très prisés pour en faire de petites charpentes, des clôtures ou des manches d’outils. C’est un bois d’excellente qualité, durci et vieilli aux intempéries et qui ne redoute pas le traitement le plus rude. J’ai voulu savoir s’il avait quelques lumières quant au nom gravé.

    « Ah ! Monsieur !... Si vous saviez ! Je pensais avoir fait une bonne affaire ! C’était un lot que j’ai acheté dans la ville de Bayonne, à un ancien avironnier. Le vieillard avait fini sa carrière comme maître en son art à l’arsenal que le ministre Colbert a créé il y a quelques années dans cette ville. Quand l’âge l’a conduit à se retirer, on aurait pu croire qu’ayant passé la plus grande partie de sa vie à façonner des rames, il aurait voulu porter ses regards sur autre chose. Mais il paraît que cela ne lui suffisait pas. Il s’était pris d’une passion de posséder tout ce qui pouvait lui rappeler son ancien état. A côté d’outils, de plans et autres colifichets d’artisan, il entassait dans sa maison tout ce qu’il pouvait trouver de pièces, à son avis curieuses, particulières ou rares. Heureusement pour moi, son épouse ne souffrait plus de voir son logis ainsi embarrassé. Lorsque je les ai rencontrés, elle l’avait convaincu de se défaire d’une bonne partie de sa collection. Ceci qui vous intrigue, en particulier, car elle a fini par m’avouer que ce bout de rame avait la réputation de porter malheur. Je ne me croyais pas superstitieux. J’ai acheté tout ce qu’ils me proposaient. Et à un prix tout ce qu’il y a de modique. Je dois reconnaître que la plus grande partie du lot s’est écoulée sans difficulté. Comme je vous l’ai dit, ce bois est un matériau fort recherché. Mais ce morceau-ci me reste sur les bras. On dirait que son apparence même évoque le maléfice qui lui est peut-être attaché. Moi-même, chaque fois que j’ai songé à le jeter ou à le détruire, j’ai reculé, je me suis mis à redouter je ne sais quelles conséquences funestes. S’il vous intéresse, je suis prêt à vous le céder au prix que vous voudrez ! Je n’ai plus rien à perdre dessus ! »
    J’ai bien déçu ce pauvre homme en refusant moi aussi de le débarrasser de son fardeau. Mais ma curiosité était piquée. Ce Scappino existait-il vraiment ? Je ne voulais pas me priver d’éclaircir peut-être une partie de l’histoire. Ayant soutiré au chiffonnier le nom et l’adresse de son vendeur, je me suis ouvert de mon projet à La Grange, le seul de mon entourage à qui je me fie pour comprendre et accepter une bizarrerie de la sorte. Nous avons profité de la relâche de Pâques, pendant laquelle son absence n’attirerait pas l’attention, et il s’est mis en route pour Bayonne.
    Les premiers jours de son voyage, ses lettres m’ont scrupuleusement décrit son avancée, avec une foule de détails dont je dois admettre qu’ils m’importaient peu et ne faisaient qu’aiguiser mon impatience. Puis, le silence le plus total. J’enrageais d’autant plus que je n’avais aucune adresse où lui faire connaître mon irritation et mes reproches. Aujourd’hui enfin, au bout d’une infinie semaine, le voici qui me fait enfin part de ses découvertes. Avouerai-je que je ne sais qu’en penser ?
    « Patron, tu dois m’en vouloir sans mesure de ce long silence que je t’ai infligé depuis plusieurs jours. C’est que la vérité se cache parfois dans des recoins inaccessibles. A mon arrivée à Bayonne, je n’ai eu que peu de difficulté à mettre la main sur notre homme, ou plutôt sur ce qu’il en reste, puisqu’il est passé voilà six mois. Ce que sa veuve m’a raconté cependant, m’a obligé à reprendre mon voyage, à travers la montagne, jusqu’au village d’Auritz, en Navarre, une étape des pèlerins de Saint-Jacques, proche du col de Roncevaux où mourut Roland le valeureux. C’est là, m’avait dit la veuve, que son mari a découvert le morceau de rame qui nous intéresse, et l’a acheté, contre son avis, m’a-t-elle bien fait remarquer, à un mendiant de la place, bien connu pour ne jamais se séparer jusque-là de son trésor. Sur place, confrontant mon castillan balbutiant à des Navarrais qui n’entendent cette langue que lorsque ils en attendent un profit, j’ai fini par apprendre que le mendiant en question s’était fait ermite, pour expier les péchés qui l’avaient conduit, des années auparavant, sur les galères du roi de France. J’ai pu me faire indiquer l’emplacement de sa tanière. On m’a dit aussi son nom, mais je serais bien en peine de le transcrire, n’ayant même jamais réussi à le prononcer. Dans cet antre, j’ai trouvé un homme tout disposé à narrer son histoire à un étranger, moyennant quelque générosité. Je transcris ses paroles à ma façon car, si la fréquentation de la chiourme française lui a rendu notre langue familière, il semble, comme ses compatriotes, en parler toujours plusieurs en même temps.
        
        −Ah, j’y tenais, à cette rame ! Je n’ai consenti à m’en séparer qu’à cause de la misère où je me trouvais réduit. Je ne suis pourtant pas un criminel ! J’étais soldat dans l’armée du roi d’Espagne. Je fus peut-être le dernier prisonnier de cette guerre avec la France. Je fus envoyé aux galères. Parce que j’avais pas été pris sur les lieux du combat ! Les Français ont tant besoin de rameurs que tous les prétextes leur sont bons ! Quand je suis revenu ici, dans mon village, j’ai d’abord été le symbole de l’arbitraire royal. Les gens me prenaient en pitié. Puis, on ne s’est souvenu que de la peine criminelle. Ou j’étais un malfaiteur, ou j’étais un sbire du roi Philippe, ce qui, dans nos contrées, n’est guère mieux. C’est pourquoi je me suis fait ermite ! J’expie, les affaires reprennent !
    Je sais. C’est cette inscription qui vous intrigue. Ce fut un miracle.
    Au port de Marseille, nous savions qu’une nouvelle chaîne arrivait. Il fallait toujours remplacer les morts. Mais j’ai cru voir un revenant. J’avais connu ce gars dans l’armée. Il avait disparu après la déroute de la bataille des Dunes. Tout le monde l’avait cru mort. Il y en avait eu tellement ! Alors, cette exclamation m’a échappé : « Scappino ! ». Le comite m’a entendu. Il s’est tourné vers l’homme que j’avais désigné maladroitement.
    « Tu es Costa... quelque chose... Et aussi Scappino, vraiment ?  Tu crois que tu vas t’échapper d’ici ? ».
    Et il l’a installé à mon banc.
    Malgré mon impair, nous sommes restés amis. Un visage connu fait toujours du bien dans un endroit pareil. D’autant que je n’ai jamais vu personne qui soit moins fait pour la navigation que lui. L’enfermement, les brimades, la promiscuité ne siéent à personne, mais en plus, Scapin ne supportait pas la mer. Pourtant, il gardait toute sa tête. Il ne répondait à aucune des provocations du comite. « Quand t’évades-tu, Scappino ? ». J’ai compris plus tard qu’il l’étudiait. Quand il réagit, ce fut à mon profit.
    C’était la pause. Le comite passait dans les rangs, donnait ses appréciations et châtiait à l’occasion ceux dont il réprouvait la qualité du travail. Ce jour-là, ce fut mon tour. Pendant qu’il me rossait de son gourdin pour bien faire pénétrer sa leçon, on entendit la voix de mon voisin : « Je vais te donner un conseil, je garde les yeux fixés sur toi... ». Le comite se redressa d’un coup. Scapin continua : « ne sois pas aussi stupide que le cheval ou le mulet, dont il faut maîtriser les élans avec un mors et une bride; alors il ne t’arrivera rien. ». « Qu’est-ce que tu as dit ? ».
    « Rien. Une pieuse citation ». « Je sais. Le psaume 32. Ne crois pas m’intimider avec la Bible ! Il en faut plus que ça. Un prodige, pour le moins ! Tiens, si ton nom s’inscrivait en lettres de feu, là, j’aurais peur ! »
    Plus tard, comme je l’incitais à la prudence, il répondit : « Tu as vu toutes les médailles, toutes les pieuses amulettes qu’il a sur lui ? J’ai déjà connu ce genre de superstitieux. Je sais les manier. Et j’ai appris à lire dans la Bible. Tu vas voir. »
    A deux jours de là, le comite l’appela : « Scappino ! Tire-gourdin ! ». Au-dessus du premier banc, en poupe, face aux rames, à côté des canons qui visent la chiourme, il faut tirer sur des bâtons munis d’une corde pour aider à rythmer la vogue. Scapin s’en acquitta un moment puis, pris d’un besoin pressant, il défit sa culotte et fit sous lui sur le pont, comme nous le faisons tous à nos bancs. De loin, le comite se mit à hurler « Arrête ça tout de suite ! ». « Ça urge ! ». Le comite se précipita, le gourdin haut. « Espèce d’immondice ! Tu attendras d’être à ton banc pour faire tes saloperies ! Déferrez-moi ça ! Donnez-lui un balai, qu’il nettoie toute sa merde ! » Et il lui plongea la tête dedans. Scapin fit ce qu’on lui demandait, et fut ramené à son banc, avec force horions. Voyant que je m’étonnais de cette faiblesse intestinale inattendue, il me fit un clin d’œil. « Tu verras bientôt un miracle. »
    Je le vis quelque nuits plus tard. Dans le noir, entre deux rondes, je l’entendis frotter doucement la rame. Peu après, il se dressa et s’écria : « Seigneur ! Ils ont défié ton serviteur ! Ils l’ont humilié! Que ceux qui ont des yeux voient ta puissance ! Et que tous te craignent ! ». Quelque chose fusa et, dans l’obscurité, on vit un trait de feu écrire le mot « Scappino » sur le genou de la rame. Le comite accouru eut d’abord son réflexe de frapper. Mais il suspendit son geste devant le spectacle, se signa, recula et partit sans rien dire. Dès notre retour à Marseille, nous fûmes tous les deux enlevés de ce vaisseau avec ménagement. Le comite ne cessait de se signer et je vis qu’il arrosait notre banc d’eau bénite. Ensuite, nous avons été séparés. Je ne sais où il est allé. Moi, j’ai fini mon temps sur la Réale, où les conditions étaient bien plus douces, car l’amiral recevait souvent des hôtes de marque, et il tenait à montrer que les galériens étaient bien traités. C’est peut-être grâce à ça que je suis encore là. J’ai mis du temps à comprendre que Scapin avait profité de l’incident du tire-gourdin pour voler un morceau de mèche poissée et des amorces parmi les munitions des canons qui nous menaçaient. Il avait été capable de tracer les lettres de son nom avec la mèche collée sur la rame, avant d’y mettre le feu.
    A ma sortie, sur le port, je suis tombé sur ce bout de rame, mon bout de rame, chez un charpentier. Il traînait là. On avait dû vouloir s’en débarrasser après notre départ. Personne n’en voulait. Le charpentier fut trop heureux de me le laisser pour presque rien. Et moi de l’avoir. Je l’ai transporté partout avec moi... tant que j’en ai eu les moyens !...
    Voilà ce que j’ai pu tirer de l’ermite aventurier. Je te le livre tel que je l’ai reçu. J’écris aujourd’hui de Pampelune, où j’ai pu trouver une auberge décente, moi qui ne suis pas pèlerin, et où il existe un service postal. Je rentrerai à Paris dès demain, tant qu’il me reste quelques ressources. Cette missive arrivera peut-être avant moi. Ton dévoué La Grange. »

    Je dois une infinie reconnaissance à La Grange et à son dévouement pour mes fantaisies lunatiques. J’ai ma réponse. J’en suis un peu étourdi. Des soldats, des prisonniers, des galères, des coliques, des miracles, des ermites, tout cela est vertigineux... si j’avais eu pour dessein de les mettre sur le théâtre. Je conserve parfois une certaine nostalgie des tragi-comédies virevoltantes de mon enfance, mais je crains que le goût du siècle ait bien changé. J’ai mis un peu de romanesque dans le Festin de Pierre, on n’y a vu qu’une parabole. J’en ai versé une minuscule larme dans l’Avare, on m’en a reproché l’invraisemblance. Je crois décidément que nos beaux esprits préféreront toujours mes comédies en famille, avec étude d’un caractère cocasse qui leur permet d’avoir ensuite un avis sur l’espèce humaine.
    Le théâtre à la maison. Pour être honnête, bien souvent je m’en amuse aussi. Et je sais que je réussis dans ce genre. Allons ! L’aventure n’est plus de saison. Un bon bourgeois m’attend, qui voudrait bien être gentilhomme. Je ne renonce pas pour autant tout à fait à mettre ce Scappino à la scène.
    Mais je crois que je le mêlerai à des affaires de mariage.

    Paris, 15 avril 1670

     Sieur Douan

     Les articles du journal

     NAUFRAGE SUR L'ADOUR

    Les articles du journal

    Une galupe sombre à l’embouchure de la Nive : deux hommes se noient
    Ce samedi, une suite de circonstances malheureuses a provoqué le naufrage d’une galupe manœuvrée par trois hommes. Le patron a pu être sauvé, les deux ouvriers se sont noyés.
    Il y a deux jours nous étions en période de grandes eaux et l’on sait combien alors les courants sont puissants sur notre fleuve. Une galupe lourdement chargée de blocs de pierre en provenance de Bidache et menée par le Sieur Etchegaray, qui en est le patron, aidé de deux marins qui ont coutume de naviguer avec lui, s’apprêtait à venir déposer sa cargaison sur la rive gauche de l’Adour, en aval de la Nive.
    La pluie était tombée en abondance ces derniers jours sur les hauteurs du Béarn et du Pays Basque et l’eau des fleuves était teintée de l’ocre de la terre arrachée aux rives ; des troncs et des branches dérivaient à la surface.
    En cette veille de jour du Seigneur, bien que le temps fût plutôt brumeux et particulièrement froid, comme nous y ont habitués ces derniers hivers, de nombreux badauds étaient venus admirer le spectacle depuis les berges, particulièrement la Nive, grosse et tumultueuse, dont les eaux venaient lécher les quais du Bourg Neuf .


    Un tourbillon fatal et … salvateur
    Peu après midi, environ trois heures après l’étale de haute mer, l’embarcation menée par les trois hommes avait franchi sans encombre le pont du Saint Esprit et le courant descendant l’entraînait rapidement vers l’aval. A peine le bateau venait-il de passer la pointe marquant la rive droite de la Nive, après la porte de France, qu’un contre-courant soudain, bien connu de nos bateliers, entraîna sa proue avec violence et mit la gabarre en travers du courant de l’Adour. C’est alors qu’un remous créé par la rencontre des flots des deux fleuves fit gîter avec force l’embarcation. La brutalité de la chose surprit nos trois marins. Les deux hommes d’avant furent projetés dans les eaux froides et rapidement engloutis avant d’avoir pu même crier à l’aide ; le patron put se rétablir en s’accrochant au manche de son long aviron et tenta de redresser le bateau mais de l’eau en grande quantité avait passé par dessus bord. La proue s’enfonça soudain dans l’eau, l’arrière se souleva et le galupier tomba à l’eau.
    Le malheureux aurait subi le même sort que ses deux compagnons si un spectateur téméraire ne s’était promptement ceint la taille d’un cordage dont il avait confié l’autre extrémité à trois solides gaillards (des marins du Portugal en escale), et ne s’était jeté à l’eau en direction du presque noyé.
    Le Seigneur voulu qu’un tourbillon, de la même espèce que celui qui avait causé la perte de la galupe, entraîna le courageux sauveteur vers le marin qui parvint à s’agripper à la corde.
    Le courant emportait déjà les deux hommes vers l’embouchure mais les trois marins à terre les halèrent le long de la rive de la Nive jusqu’à proximité de la chaîne qui en condamne l’entrée la nuit. Là quelques marches boueuses et glissantes donnent accès au fleuve et les réchappés purent y prendre pied et remonter à terre, glacés mais saufs.


    Un fleuve dangereux
    Le sieur Etchegaray nous a déclaré plus tard : « … aucun nautonier, même le plus habile, ne pouvait éviter cet accident. La violence de la vague qui nous a chavirés vient à mon idée de ces intempéries   qui ont grossi la rivière. La montée des eaux est aggravée par l’ensablement de l’Adour en aval, depuis qu’elle rejoint la mer tellement près de Bayonne,(...) également par les travaux qu’a conduits Monsieur l’Ingénieur Deshouilères sur les fossés du Bourg Neuf et de Mousserolles qui ont relâché soudainement une grosse quantité d’eau, sans parler du batardeau de la tour de Sault qui, à mon avis, gêne le flot et ne résistera pas aux crues ... »
    « Vous avez perdu votre gagne-pain ?»  lui demandons-nous.
    Il répond « (qu’il) possède une autre embarcation plus petite du côté de Peyrehorade et que, ayant quelques biens de côté (il va s’) empresser de commander à Jean le Charpentier, connu du monde entier, à Mousserolles une galupe neuve de bonne taille.»


    « Maisons d’en haut »
    Malgré la disparition de deux innocents et de la perte d’un bateau et de ses marchandises Etchegaray conclut cette histoire avec une dose de philosophie. « Savez-vous » nous dit-il, « comment s’appelle mon sauveur, celui qui se jeta à l’eau ? C’est un Landais du nom de Casadesus, ce qui veut dire « maison d’en haut », sur l’autre rive, exactement comme mon nom basque !
    Alors d’un bord à l’autre de l’Adour, on était faits pour se rencontrer.

    Sieur Guimbretière

    Dessin©Jean-Paul Guimbretière

     

    Les articles du journal

    Bayonne en péril

    Invasion du port de Bayonne, un témoignage poignant, la mairie se mobilise .

    Ce jeudi 5 décembre 1675, le vaisseau portant le doux nom d’Agréable a fait une dangereuse rencontre en voulant rentrer dans le port de Bayonne.
    Avec pas moins de 54 canons à son bord, ce navire de guerre est tombé sur un adversaire comme il n’en avait jamais rencontré auparavant.
    Le commandant du navire très éprouvé, malgré la bravoure due à son rang, a eu l’amabilité de nous compter cette rencontre :
    « Ce que j’ai vu en premier a été un geyser de plusieurs mètres de haut. En une seconde, l’eau a recouvert entièrement le pont du bateau. Celle-ci l’a fait tanguer dans tous les sens ».
    L’évocation de ce seul souvenir lui semble éprouvant.
    Il poursuit, la voix légèrement tremblante : « Le pire a été le bruit sourd qui a suivi : un bruit tout droit sorti des enfers qui me perça les tympans au point que j’ai cru que ça allait aussi transpercer mon âme ! »
    A ce moment-là du récit, il précise qu’il ne savait pas ce qui  l’attaquait : un monstre envoyé par Satan pour éprouver sa bravoure ou bien un navire de guerre équipé d’une nouvelle arme secrète ?
    Il continue de la façon suivante : « Au creux de la tourmente alors que mon bateau tanguait dans tous les sens, j’ai remis mon âme à Dieu. J’ai fait une prière pour protéger mes compagnons. J’ai immédiatement ordonné à tous mes hommes de charger les canons pour être prêts à faire feu. C’est là que nous avons vu enfin notre adversaire. Il a émergé sur le flanc gauche du navire, plus large et beaucoup plus long que le plus grand des navires que je n’ai jamais rencontré ».
    Il marque un temps pour reprendre son calme car, plus le récit avance, plus son teint blêmit et plus ses mains tremblent.
    « Une monstruosité » dit-il comme s’il était ailleurs. Il marque un silence et reprend : « Je comptais bien mettre à terre cette abomination. En quelques minutes, nous étions prêts à riposter. J’ai alors ordonné de faire feu. »
    Il poursuit la voix à peine audible : «Ça a été sans effet face à un adversaire si puissant. Notre bateau a commencé rapidement à couler. Voyant que c’était sans espoir, j’ai sonné l’abandon du navire. Heureusement, les berges n’étaient pas loin ».
    Nous avons recueilli la parole de témoins qui étaient alors amoncelés sur les quais. Nous n’avons eu aucun mal à en trouver car de nombreux badauds étaient là pour admirer le cétacé rarement visible de si près, hormis pour des pécheurs de profession.
    Les témoins ont déclaré qu’en un instant un bruit assourdissant de canon a envahi les berges. La fumée qu’ils crachaient a masqué presque entièrement le navire. Néanmoins, ils ont pu voir les boulets de canon jaillir et toucher violemment le cétacé. Celui-ci a émis un son puissant s’apparentant  à un cri de douleur sans pour autant sembler avoir été blessé. Selon les témoins, les boulets ont rebondi sur la peau souple et solide de l’animal comme des ballons sur un mur pour retourner tout droit et puissamment vers le navire.
    Certains illuminés convaincus que les animaux ont une âme y voient probablement un signe divin.
    En quelques secondes, le navire a ressemblé à un bateau fantôme criblé de trous, les voiles arrachées de toutes parts et battant au vent. Les marins affolés ont tous sauté à l’eau pour sauver leur vie.
    Dans le même temps, le cétacé et le bateau ont disparu dans les flots. Un dernier jet d’adieu a jailli sur plusieurs mètres de haut, une dernière provocation avant que celui-ci ne reparte vers son monde sous-marin.
    Ainsi, les 54 canons de ce navire de guerre ne l’ont pas aidé face au mastodonte des mers. Des marins interrogés nous ont dit avec un sourire malicieux qu’un harpon aurait probablement été plus adapté, tout comme ils ont souligné avec malice que, s’ils n’avaient pas attaqué, ils n’auraient pas coulé.
    Il est de notoriété publique que le marin basque habitué à la pêche à la baleine excelle dans cette tâche et que nul en ce territoire ne les connaît mieux que lui.  
    Par ailleurs et selon eux, ils n’auraient rien risqué, le cétacé étant des plus inoffensifs pour l’homme; affirmation que le capitaine malheureux du navire coulé aura probablement du mal à entériner.
    Au final,  cette histoire se termine plutôt bien car, heureusement, il n’y a eu aucun mort à déplorer à l’issue de cette mésaventure. Seul le navire l’Agréable construit en 1661 au port de Brest a disparu dans les flots avec, peut-être aussi, l’honneur de son capitaine diront certains mauvais esprits. Le Maire de Bayonne a eu vent de cette histoire et a décidé de donner la médaille de la bravoure au capitaine du navire.
    Celle-ci lui a été remise lors d’une réception impressionnante qui a eu lieu à l’Hôtel de ville. Le Maire de Bayonne a pris par ailleurs différentes dispositions visant à inciter le développement de la pêche à la baleine. Car, à la lumière de cet événement, il a déclaré avoir pris conscience du péril contre lequel il faut lutter. « Il n’est pas possible de laisser des baleines envahir nos ports sans rien faire » a-t-il déclaré.
    En toute logique, il a voulu nommer le capitaine Grand Protecteur du port en le chargeant d’organiser les futures chasses à la baleine. Le capitaine étant pressé de retourner à Brest, a élégamment décliné son offre.

    Sieur Maigniez

     

    La pêche à la morue et son impact dans notre économie

    Bayonne est un port Français de haute importance. Son activité dans le domaine morutier a été précurseur il y a deux siècles maintenant en France. Depuis lors, de nombreux chantiers navals longent nos rives de l’Adour. Nul doute que  nous vivons au rythme des marées et des gens qui y travaillent. Quel serait notre économie sans ces corps de métiers si divers et variés? Quelle serait la vie le long des quais sans ces bruits de maillets, ces odeurs de goudrons, qui nous sont devenus si familiers? Aujourd’hui, nous voulons saluer deux corps de métiers qui font la fierté de Bayonne: les équipages de morutiers et les artisans calfateurs.

    Cette semaine, nous consacrons une interview au chef d’équipe de calfatage Arnaud. Il était en charge de l’équipe de calfatage qui a du s’occuper de notre célèbre Bateau Pêcheur Bayonnais. A ses côtés, Raymond, le capitaine du navire.

    Chacun, nous aidera à comprendre comment et pourquoi notre économie est si redevable à ses deux emblèmes locaux.

    « - Raymond, Vous sillonnez les mers à bord du Bateau Pêcheur depuis quelques années, On dit que l’activité est faible de nos jours, Le Saint Joseph dit vous avoir vu sillonner la Percé, au Canada près des Terres Neuves. Pourquoi aller si loin pour pêcher? Serait-ce la fin de l’ère de la morue? »

    « - Vous savez, nous faisons partie des pionniers en matière de pêche à la morue dans la région Nord Ouest Atlantique. Nous, peuple basque y pêchons avec le peuple breton depuis le XVème siècle. Les Terres Neuves sont notre territoire de pêche. La morue vit en eau froide, le site en est riche. Notre flotte est lourde, elle peut contenir jusqu’à 300 tonneaux de morue sèche. Notre équipage part en mai et après un long voyage, pêche sur des chaloupes  le long des côtes poissonneuses. D’autres s’occupent de découper le poisson, de le faire sécher et de l’entreposer dans nos tonneaux en fond de cale. Nous pêchons à la ligne en moyenne 6000 morues par jour, Nous appelons cela la pêche sédentaire.

    C’est un travail difficile et nos hommes nourrissent leur famille avec leur travail. Nous en sommes très fiers et continuerons ainsi. »

    « - Effectivement, Raymond, j’allais poursuivre en vous disant que le Saint Joseph nous avait rapporté vos importantes pêches.  Ne pensez-vous pas tarir nos océans à ce rythme effréné? »

    « - Tarir les océans! Dia! En voilà une idée étrange! Quand on pense qu’une jeune femelle morue peut pondre jusqu’à 3 000 000 d’œufs par an et pour une femelle adulte la ponte peut monter jusqu’à 8 000 000 d’œufs.  Vous pensez que 6000 morues dans la journée ce n’est pas grand-chose ! Vous ne pouvez pas vous imaginer les bancs de poissons que nous rencontrons… Nous n’en voyons pas la fin, ça je peux vous le garantir ! Et puis vous savez, nous ne faisons qu’une campagne de pêche dans l’année, alors lorsque nous nous en allons c’est  pour revenir les cales pleines. Je vous souhaite de venir en mer avec nous pour que vous puissiez voir l’effervescence de ces bancs de poissons. C’est bien simple, elles sont aussi là pour se nourrir, et viennent dévorer des tonnes d’encornets qui nagent au-dessus d’elles. Le spectacle est vraiment incroyable, c’est l’opulence. »

    « - Dites-nous Raymond, une flotte si belle, si imposante nécessite un entretien, je suppose. Comment vos hommes et vous-même vous occupez-vous de votre bateau de pêche ? »

    « - Notre pont doit luire par tous les temps. Nous avons un beau navire, il est en bois, et nous savons tous que nous devons le bichonner. Chacun des moussaillons sait en entrant dans l’équipage que nous avons des rôles préétablis. Pas question d’y déroger. Certains seront commis à la cuisine, d’autres à nettoyer le pont. Chacun à son tour s’occupe de notre flotte pour qu’il soit efficace et nous permette de naviguer en toute sécurité. Au-delà de ces impératifs, je fais réviser notre navire par Arnaud. J’ai confiance en lui et son équipe de calfateurs. Notre port de Bayonne est  riche en métiers qui gravitent autour  de la pêche. Je dois admettre qu’Arnaud reste l’homme à qui tout le monde veut laisser son navire. Sa renommée dans les environs n’est plus à démontrer. »

    « -  Voilà qui est intéressant et nous mène vers une jolie transition : nous savons que notre ami Raymond aime discourir, cependant, nous ne pourrons pas vous laisser partir sans nous parler de votre patte d’expert, Arnaud. Parlez-nous de votre beau métier : le calfatage. Sans cette étape importante, nos bateaux ne pourraient pas naviguer bien longtemps.

     

    « -  Effectivement, Mon équipe et moi-même, nous occupons de la partie invisible du bateau mais la plus essentielle. Sous la ligne de flottaison, la coque doit être étanche. Nous nous occupons donc principalement des bateaux qui viennent accoster dans nos eaux. Pour beaucoup un rafraîchissement de leur coque est indispensable. Nous commençons par arrimer une corde aux mâts et nous tirons afin de coucher les bateaux. Dès qu’une demi-coque est hors de l’eau, nous fixons cette corde à des pieux solidement ancrés en bordure de rivage. Cette première étape demande une force herculéenne, mais la suite est tout aussi risquée. Nous avons des barques, sur lesquels nos hommes naviguent avec du goudron bouillant. L’équipage doit ôter les coquillages qui se sont amoncelés, au cours de la navigation puis ils doivent la rendre étanche au moyen d’une étoupe goudronnée introduite à coup de maillet entre les bordages de la coque. Nous avons des forêts de pins qui nous fournissent d’abondants stocks de goudron. Les étapes sont difficiles mais notre équipe est expérimentée. Beaucoup de pêcheurs viennent faire réparer leur bateau à Bayonne en toute sérénité. Nous avons très bonne presse »

     « -  Raymond, Arnaud, Merci encore d’avoir pu partager ce moment avec nous et d’avoir fait découvrir vos métiers respectifs à ceux d’entre-nous qui ne les connaissaient pas encore. »

    Dame Etcheto

     

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    Le retour triomphant du corsaire

    Hier, au port de Bayonne, nombreux sont ceux qui sont venus acclamer le retour du corsaire Jean Peritz De Haraneder et sa frégate arborant encore fièrement le pavillon français. La cale remplie de trésors, le capitaine a déchargé sa cargaison sous l’œil avisé des émissaires du Roi.

    Ce 23 janvier 1675 à Bayonne, le navire du capitaine Jean Peritz De Haraneder est amarré sur la rive droite de l’Adour en amont du pont Saint-Esprit sur les allées Boufflers. L’équipage s’active pour désarmer le navire et veiller aux réparations causées par la course.
    Hier, la frégate était amarrée temporairement en aval du pont Saint-Esprit près des hangars de l’Arsenal du Roi pour le déchargement des cales. La foule était venue nombreuse acclamer les marins revenant de Terre-Neuve pour la chasse et le commerce des peaux, des viandes de baleines et de morues. A sa descente sur les quais, Jean Peritz De Haraneder a remis un billet aux administrés du roi rendant compte de la prise :
    Moi Jean Peritz De Haraneder, fit rencontre le 2 de ce mois d’un vaisseau arborant le pavillon hollandais qui faisait force de voile. Pris en chasse jusqu’au soir, plusieurs coups de canons et ripostes sont échangés. L’ ayant approché, notre vaillant équipage s’en rendit maître obligeant l’ennemi à se rendre.
    Les plus curieux sont restés lors du déchargement des trésors ramenés par les corsaires. Sous la surveillance avisée des émissaires du Roi, les prises ont été fructueuses. On y découvre de nombreux vivres (morue, sel, épices, chocolat), du tabac, des tonneaux de vin, des coffres entiers de pièces de monnaie, des prisonniers et un navire ennemi. Une grande part des marchandises ainsi que les prisonniers ont ensuite été transférés dans les ateliers du Parc de la marine pour être envoyés au Roi. La part revenant à l’armateur et à son équipage a été distribuée à l’écart, pour ne pas attirer l’attention. Il semblerait que cette prise soit l’une des plus importantes jamais enregistrées jusqu’alors d’après le Code des prises (datant de 1584).
    « La ville de Bayonne est fière de ses corsaires qui assurent la protection des navires marchands français, la défense des ports en temps de guerre et la prospérité de Bayonne » a annoncé hier le Maréchal de France Antoine III de Gramont après le déchargement des cales.
    A l’heure d’aujourd’hui, les basques et les gascons ont la réputation d’être de redoutables corsaires et Bayonne s’inscrit comme l’un des premiers ports français de courses. Crainte des Anglais, la ville est même surnommée Nid de vipères. Le Roi Louis XIV lui-même encourage cette pratique à Bayonne. C’est d’ailleurs en 1666, qu’il a créé le Parc de la marine pour assurer la construction de navires de guerre maritime et de course. Il délivre également des lettres de marque nominatives à plusieurs corsaires pour les autoriser à attaquer les navires ennemis. Grâce à ce statut, les corsaires ne sont pas considérés comme des pirates et des hors-la-loi. En cas de victoire, ils obtiennent la faveur du Roi et une part du butin récolté. En cas de défaite, leurs ennemis les épargneront et les considèreront comme prisonniers de guerre.
    Dans les bonnes grâces du roi Louis XIV, le jeune capitaine et armateur Jean Peritz de Haraneder, issu d’une riche famille d’armateurs de Saint Jean de Luz et de Ciboure, est en passe de devenir un célèbre corsaire. Il obtient, depuis le début de la guerre de Hollande déclarée par le roi en avril 1672, plusieurs lettres de marque nominatives lui permettant d’armer ses baleiniers de huit à dix canons pour courir sus les ennemis du roi. Détenteur de plusieurs victoires mirobolantes, nombreux sont ceux qui affirment que le jeune capitaine corsaire Jean Peritz de Haraneder sera anobli par le roi Louis XIV en reconnaissance de ses exploits.

    Dame Rivière

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    Cage en fer pour deux lavandières

    Nouvelle arrestation de lavandières pour trouble à l’ordre public.
    M. Lagrave, sergent de quartier, averti par un soldat de guet, a procédé avant-hier à l’arrestation de Rosalie Behobia et de Madeleine Ducos suite à une vive altercation près de la fontaine Saint-Esprit.
    A titre d’exemple et pour prévenir toute récidive, cette arrestation a été suivie d’une ordonnance de police soutenue par les échevins et jurats de la Ville, soucieux d’assurer la sécurité de Bayonne et de sa population. Le décret condamne les deux incriminées au supplice par immersion dans la rivière de la Nive, dans la cage en fer du pont Bertaco.
    L’amende de dix livres pour chacune des concernées a paru insuffisante au Conseil de la Ville qui souhaite punir comme il se doit ces « femmes barailhouses et maudisentes, principales responsables de la  mauvaise image de nos quartiers et de ses habitants » a déclaré M. le Maire. Ainsi, le châtiment glacial et tant redouté du cubainhedey* a été décidé par les autorités pour dissuader de manière spectaculaire et décisive les éventuelles
    « transgressions aux règles du savoir-vivre au sein de Bayonne » selon les dires du premier magistrat de la commune.
    Cette décision sera dès ce matin lue, publiée et affichée par le sergent ordinaire, lui-même accompagné de M. Bouchoffre, trompette ordinaire.

    Enquête sur le terrain
    Hier, en début de journée, une enquête a été menée sur les lieux de l’échauffourée pour connaître la version des femmes témoins de la dispute.
    Plusieurs volontaires se sont bousculées pour prendre la parole et raconter la scène, jusqu’à ce que deux d’entre elles s’imposent dans ce brouhaha de lessives et proposent, le sourire en coin, une sorte de reconstitution plus qu’officieuse en rejouant le drame de la veille.

    Une reconstitution improvisée plus vraie que nature
    Les prénommées Elisabeth et Marguerite furent les deux comédiennes de circonstance : la première joua le rôle de son amie Rosalie tandis que la seconde se mit dans la peau de sa sœur Madeleine.
    Elisabeth nous apprit que Rosalie avait perdu au jeu de la touriole en faisant tomber la pegarra** ; cette défaite humiliante aurait donc été la goutte qui fit déborder le vase et mit la vaincue hors d’elle-même car celle-ci portait depuis longtemps rancune à Madeleine, qu’elle injuria sans ménagement : « Vieille morue, au lieu de ricaner, va faire plutôt ton quart du soir près des cavernes ! Et pas la peine de jouer l’innocente, je t’ai vu frétiller du croupion avec ton col tout ouvert et ta chemise à moitié dégrafée pour aguicher les charpentiers de Mousserolles ! ». Marguerite s’avança pour répliquer au nom de Madeleine : « Si tu m’as vue, que faisais-tu dehors ce soir-là ? Il n’y a que la pleine lune qui peut te permettre de distinguer aussi bien quelqu’un de nuit ! Avoue, tu n’as pas pu t’empêcher d’aller blanchir ton linge car tu es incapable de le nettoyer comme il faut, mollasse que tu es ! Alors, voilà, il ne te reste plus qu’à jouer la lavandière de nuit ! Remarque, avec tes pieds de canard, tu ressembles bien à une lamina ! Il n’y a que toi qui peux croire à ces sornettes de pleine lune, avec une sorgina comme ta mère ! ». Elisabeth mima alors Rosalie plongeant la tête de Madeleine dans la fontaine en la saisissant par son chignon tandis que Marguerite fit semblant de sauter à la gorge de son ennemie jurée et de lui envoyer un sac de cendres en plein visage, lui criant « Prends ça pour ta crasse et rince-toi les dents avec ! Apprends surtout à t’en servir pour laver correctement, cascante ! ». L’interprète de Rosalie répondit en répétant le même discours que celle-ci : « C’est toi la malpropre à montrer ton gros derrière au premier faquin venu ! ». Non sans conviction, les deux doublures réitérèrent à l’identique les insultes lancées tour à tour par les querelleuses de la veille, se jetant à la figure tabliers et autres paires de bas : «  Catin ! – Crottée ! – Gigolette ! –Sagouine ! ».
    Lavant leur linge sale en famille, les lavandières du bourg Saint-Esprit n’ont jamais aussi bien étalé leur fonction … à leurs risques et périls.

    * cage en fer destinée à plonger les femmes dans la Nive
    ** cruche de terre

    Dame Rubichon

    Au nom des femmes


    Les articles du journal

    Entretien avec une Bayonnaise chevronnée ou le point de vue de la sagesse.

    « La vie n’a jamais été un long fleuve tranquille pour nous les femmes » : Gracieuse, Gaxuxa pour le voisinage, le reconnaît sans détours. Habitant la rue Marsan depuis plus de trente ans, cette doyenne a accepté, les mains humblement posées sur son tablier d’etxeko andere et abîmées par la potasse des innombrables lessives, de donner son avis sur la fraiche empoignade entre deux lavandières, et ce, avec une distance bienvenue, celle que lui offrent non seulement son bel âge mais aussi l’Adour séparant son quartier du Bourg Neuf de Saint-Esprit.
    – Que pensez-vous de l’arrestation qui vient d’avoir lieu à la fontaine Saint-Esprit et de la sentence infligée aux deux incriminées ?
    Les voilà propres, té ! Ces pauvres femmes ne méritent pas d’être humiliées ainsi en public ! Vous trouvez ça normal, vous, qu’on les enferme dans cette maudite cage comme des animaux ? Qu’on les plonge dans l’eau froide de la Nive comme des moins que rien? Et puis, elles n’ont même pas les moyens de payer l’amende, elles vont sûrement être obligées de mendier et vont se retrouver une nouvelle fois hors-la-loi : c’est une histoire sans fin et terriblement injuste… Comment voulez-vous après ça qu’elles arrivent à sortir la tête de l’eau ?
    Pensez-vous que la violence quotidienne s’est accrue ces dernières décennies à Bayonne ?
    Bah ! Il y a toujours eu des brouilles et des chamailles entre lavandières, c’est vrai qu’elles n’ont pas la langue dans leur poche, elles l’ont même bien pendue et parfois mauvaise. Elles ne se laissent pas faire et les plus forts caractères n’ont pas peur de se crêper le chignon, à coups de griffes et de volées d’abarkak, pour sûr ! Mais vous pouvez me croire car je sais de quoi je parle : la plupart savent se serrer les coudes quand il le faut ! Toute ma vie j’ai trouvé au lavoir ou à la fontaine une oreille attentive quand j’en avais besoin et, dans les moments les plus durs, certains mots glissés entre deux buées ou par-dessus le drap à essorer m’ont mis du baume au cœur et m’ont même parfois aidé à nettoyer un peu mon esprit. Rien que pour ça, ces deux femmes méritent d’être graciées.
    La réputation dont pâtissent les lavandières est-elle fondée  selon vous ?
    Rien de nouveau sous le soleil : tout le monde les voit comme des filles de mauvaise vie, on salit tous les jours un peu plus leur image et elles ont beau frotter, ces taches sont bien difficiles à enlever, ce sont même les plus résistantes. Je vais vous le dire comme je le pense, je n’ai plus peur à mon âge, vous savez : ce sont toujours les femmes qui sont condamnées dans ces sales affaires et toujours par des hommes, alors qu’ils ne sont pas blancs comme neige, loin de là !… J’en ai vu, moi, des soldats de la garnison fricoter avec des gamines perdues mais bien sûr, ces coquins, ils s’en lavent les mains… Personne n’ose se mouiller pour les lavandières, on leur passe à chaque fois un savon alors que ce sont les femmes et uniquement elles qui satisfont aux besoins essentiels de l’existence en s’occupant de l’eau, du feu, du linge, de la maison et des enfants ! Elles sont aussi capables d’exploits héroïques : prenez Marie Garay qui a intercepté la lettre d’un espion espagnol et a eu le courage de l’apporter à notre gouverneur : l’intuition féminine a chassé l’ennemi ! La rumeur a peut-être créé la légende mais je pense que pour une fois, la femme pourrait être mise à l’honneur. Pourquoi ne pas donner son nom à une rue de Bayonne par exemple ? Certains proposent « Menine Saube le Bile » : cette petite a sauvé notre ville, il ne faut pas l’oublier ! Mais tout cela va être noyé dans les faits divers… A moins que vous me donniez tort, sait-on jamais !

    Dame Rubichon

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    Le cacaoyer sur la route gourmande des Basques !

    Comment cet « or brun » est arrivé dans  notre Labourd et a contribué à notre enrichissement ?

    Les articles du journal Il est un aliment qui mérite d’être cité car il est une référence en la matière et n’a pas fini de faire parler de lui. Il s’agit de notre bon piment d’Espelette, originaire d’Amérique et cultivé par nos paysans depuis 1650. Avant d’aller plus loin, voici comment il est arrivé au Labourd, s’imposant majestueusement, pour le plus grand plaisir de nos papilles ! Pour cela notre journal a  donné la parole aujourd’hui à une jeune femme, descendante d’une célèbre famille de pâtissiers de Saint-Jean-de-Luz, dont les muxus (macarons aux amandes) ont régalé la cour du roi Louis XIV ! Cette jeune fille a voulu participer à sa façon à la progression de l’entreprise familiale, et pour cela, elle a parcouru le monde. Durant son périple, sa curiosité l’a amenée à se passionner pour le chocolat et la voici parmi nous, prête à nous dévoiler l’histoire de cette boisson curative, aphrodisiaque et si prisée, devenant au fil du temps, une gourmandise dont on ne peut plus se passer !
    « Heureuse de retrouver ma culture et les saveurs gastronomique! J’avoue qu’après avoir arpenté de nombreuses contrées, j’ai porté mon attention, particulièrement sur les origines du chocolat. Je sentais que ma famille devait diversifier son commerce, et je leur ai rapporté là, l’opportunité de le réaliser, en leur transmettant toutes les informations et le savoir-faire de là et d’ailleurs que j’ai pu recueillir. Tout d’abord, j’ai été impressionnée par ces  arbres, les cacaoyers, hauts entre 3 mètres et  8 mètres, porteurs d’un fruit, la cabosse, contenant entre vingt et cinquante graines et qui une fois fermentées et séchées, deviennent les célèbres fèves de cacao. Ces végétaux généreux produisent des fruits tout au long de l’année. Ils sont originaires des régions tropicales d’Amérique centrale. On dit que les premiers cultivateurs étaient les Mayas et les Aztèques. Ces indigènes cueillaient alors leurs fèves qu’ils considéraient comme la nourriture des Dieux,  et les transformaient en une boisson amère mais nourrissante et fortifiante. Il en découla, d’ailleurs, une légende Aztèque qui disait que la sagesse et le pouvoir venaient quand on mangeait les fruits du cacaoyer. À ma grande surprise, j’ai pu comprendre que ces fèves ont été très convoitées, puisqu’à une époque, elles furent une monnaie d’échange servant à payer nourriture, vêtements, esclaves et impôts. Elles servaient même d’offrandes pour les divinités et les morts, et parfois de dotes pour les fiancées.  
    Mais ce n’est qu’en 1615, qu’on découvrit le chocolat à Bayonne, à l’occasion du mariage du Roi Louis XIII avec l’infante Espagnole Anne d’Autriche, qui consentit à cette union à condition de pouvoir emporter avec elle ses précieuses fèves et profiter de ce fameux breuvage réservé alors exclusivement à la bourgeoisie.
    Depuis, cette boisson a parcouru la France, pour ravir les papilles de la cour du Roi, des riches, et des nobles.  Mais, n’oublions pas que nous les Basques, nous devons ce savoir-faire aux réfugiés juifs venus du Portugal fuyant l’inquisition. Ces exilés avaient emporté dans leurs bagages des fèves de cacao et alors qu’ils devaient loger dans le bourg Saint Esprit, ils travaillaient leurs merveilleuses graines dans tous les quartiers de la ville».

    Dites-nous alors, Mademoiselle, comment ces fèves, qui, à la récolte, ont un goût acidulé et amer ont pu acquérir cette saveur chocolatée si convoitée ?

    «Tout commence par la fermentation puis la torréfaction et enfin le broyage de ces petits fruits acidulés auxquels on rajoute cannelle, épices, vanille, poivre, clous de girofle et beaucoup de sucre!
    C’est d’ailleurs, que nos voisins espagnols avaient su rendre la boisson plus douce ! Ensuite, chaque chocolatier y mit sa petite touche personnelle ! Ma famille m’a fait confiance et a créé pour moi un atelier de chocolatier. Depuis plusieurs mois, j’expérimente diverses façons d’utiliser le Cacao, mais, je ne vais pas vous révéler les résultats de mes expériences ! Ce que je peux vous dire, c’est que le nom de ma famille fera parler de lui, mais cette fois, le chocolat sera à l’honneur ! Les labourdins ne seront pas déçus! Au risque de paraître avant-gardiste, je suis convaincue que le Labourd finira par récolter les fruits de son labeur en faveur du chocolat. Nous vous tiendrons au courant dès que nos nouvelles préparations seront prêtes ! »

    Dame Othondo Fuentes.

    Dessin©Jérôme Ducourtioux

     

    LA NAISSANCE
    DES VOITURES PUBLIQUES,
    COCHES ET DILIGENCES

     Dessin/M. Bodeau©Jérôme Ducourtioux

    Les articles du journal Loin derrière nous le temps de la marche, parfois au pas de la monture, et des chariots dénués de roues…

    Les Grandes Découvertes ont été une vraie révolution. Avec les nouvelles routes maritimes de l’Atlantique vers les Indes Occidentales,  il a bien fallu acheminer les marchandises commerciales du port de Bayonne.  De nouvelles routes terrestres ont été aménagées. Le transport des denrées et des marchandises se faisait encore il y a peu, au moyen de chariots dénués de vraies roues !

    Progressivement, nous avons vu disparaître les chaises à porteurs pour voir apparaître les chaises roulantes (roulettes, brouettes et vinaigrettes), ces voitures à deux roues dotées de ressorts. Aujourd’hui, le transport à l’usage des particuliers se développe grâce aux cabriolets, carrosses, berlines et diligences.
    Blaise Pascal vient d’ailleurs de fonder avec son ami le Duc de Roannes, une entreprise de carrosses publics.
    Depuis quelques années et par lettres patentes, le Roi autorise les voyageurs à emprunter les relais postaux,  privilège royal jusqu’alors réservé à la seule transmission des messages royaux.
    Des voyageurs intrépides, travailleurs saisonniers, artisans et colporteurs,  empruntent les réseaux naissants dans des voitures publiques aux côtés de celles des riches marchands, nobles, bourgeois, négociants ou hommes d’affaires. Les chars à banc, les chaises à porteurs et les médiocres chariots disparaissent peu à peu car des voituriers avisés proposent des destinations dès que le nombre de voyageurs est suffisant.
    Un itinéraire régulier depuis Paris vers l’Espagne est proposé chaque mardi par Bordeaux.
    Avant le voyage des Grandes Landes, le testament est de rigueur car les coches tractés par 2, 4 ou 6 chevaux sont pilotés par un cocher souvent tumultueux et sont bruyants, instables, sujets aux intempéries, au vol et au brigandage. A cela, il faut ajouter pour l’ambiance, la présence de loups.
    Nous conseillons donc à nos lecteurs d’emprunter la route des Petites Landes qui, depuis Bordeaux, suit le cours de la Garonne jusqu’à Langon puis oblique plein sud vers Roquefort avant de revenir vers l’Ouest par Mont-de-Marsan puis Dax pour rejoindre Bayonne.  Bien que faisant un large détour, il s’avère que cette route est pratiquement la seule où les voitures peuvent circuler plus facilement.
    Nous avons rencontré ici à Bayonne, le Sieur Bodeau natif de Fontainebleau en 1580 (95 ans). Après la guerre de Trente ans, il a vécu à Grenoble puis a traversé les Alpes pour rejoindre l’Italie. Il y a rencontré Galilée en 1632, découvrant à ses côtés les mathématiques, la géométrie, la physique mais aussi celle qui allait devenir son épouse !
    Il s’est pris de passion pour les sciences de la mécanique, les techniques de construction, les mathématiques et les lois du mouvement.
    Durant toute sa vie, il n’a eu de cesse que d’améliorer le confort et la sécurité des passagers, et de réduire le temps de transport.
    Il nous confie d’ailleurs avec fierté que «nos diligences sont aujourd’hui suspendues, éclairées, entièrement fermées et leur train avant est pivotant. Désormais, le royaume ne fait plus que 22 jours de large et 19 jours de long et l’on peut s’interroger sur les progrès insoupçonnables encore à venir concernant le temps de transport, le confort et la sécurité ! »

    Propos recueilli de Sieur Bodeau,
    sous la plume de la gente dame  Céline Berdalle

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    Des villageois victimes de sorcellerie

    Depuis plusieurs mois, un vent de rumeurs quelques peu farfelues, circule dans le Labourd, mettant en scène des habitants suspectés de sorcellerie causant divers méfaits. Il en résulte que certaines personnes sont mises en quarantaine, soupçonnées d’être des sorcières. Leur vie est un enfer. Elles doivent chaque jour affronter le regard méfiant des villageois, des médisances, étant même parfois obligées de quitter la ville.
    Ces événements rocambolesques ont attiré notre attention, et pour comprendre d’où venait cet engouement pour la sorcellerie dans notre région, nous avons chargé notre chroniqueuse de révéler aux lecteurs de notre périodique,  les tenants de son enquête.
     « J’ai dû remonter en 1609. A cette époque, notre Labourd fut le théâtre d’une chasse aux sorcières, ordonnée par le Roi Henri IV qui chargea un conseiller Bordelais Pierre De Rostéguy de Lancre de purger le Pays Basque de ces esprits maléfiques. Cet homme manipulateur et cruel procéda à des centaines d’auditions, et sous la torture extorqua les aveux d’un certain nombre de personnes, essentiellement femmes et enfants, qu’il mena au bûcher, les accusant de sorcellerie. Cette répression avait provoqué d’ailleurs l’exode d’une grande partie de notre population, vers la Navarre. Cet événement dramatique se répercuta dans le Pays Basque espagnol, notamment dans un petit village nommé Zugarramurdi,  frontalier à Sare, commune du Labourd.  Enfin, le calme revint  à Bayonne et la renaissance catholique emprunta d’autres voies.
    J’avoue que faire ressurgir ce passage de notre histoire me fait froid dans le dos et je marque un point d’honneur à rapeller qu’à cette époque, les femmes du pays Basque ont été qualifiées de sorcières alors que leurs hommes étaient absents de long mois en mer.
    Aujourd’hui les habitants du Labourd ont-ils raison de croire au retour des sortilèges ?
    En menant mon enquête, il apparaît clairement que le sujet reste tabou ! Les seules réponses que j’ai pu obtenir, mettent
    en évidence que la plupart des labourdins refusent toute explication en laissant entendre que, peut-être, les sorcières sont venues se venger.
    L’être humain semble bien victime de sa crédulité et à priori, cela de génération en génération ! ».

    Dame Othondo Fuentes

     

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    Visionnaire ou révolutionnaire ?

    Entretien avec Iban Etcheverria, paumiste émérite, qui nous expose sa vision d’un nouveau jeu, inspiré du jeu de paume.

    Bonjour Iban Etcheverria, présentez vous, quel est votre parcours de paumiste ?
    Egun on ! Comme vous l’aurez compris, je suis avant tout un habitant du Pays Basque, j’y suis né, j’y vis et j’y travaille. J’y suis également réputé pour mon parcours de paumiste et pour avoir remporté quelques tournois.
    Si je maîtrise l’ensemble des pratiques de la discipline (Main nue et gantée, battoir et raquette ndlr.), ma pratique favorite reste la balle à la main. Au-delà d’un loisir, il s’agit avant tout d’un héritage et d’une tradition familiale. Issu d’une famille modeste, ce jeu m’a permis de m’ouvrir et de partager avec des adversaires de toutes catégories sociales, comme mes aïeux avaient pu le faire.
    Aujourd’hui la paume connaît un net recul, quel est pour vous l’avenir du jeu ? Comment survivra-t-il ?
    En effet, la paume a amorcé son déclin sous le règne de notre précédent souverain Louis XIII, et son Altesse Louis XIV n’étant pas l’un des plus fervents pratiquants du jeu, il n’a de cesse d’être délaissé au profit d’autres loisirs. Il me semble alors primordial de trouver un moyen de faire perdurer le jeu. Pourquoi pas sous une autre forme ? En le faisant évoluer quelque peu.
    Pour moi, il est important, au-delà de la sauvegarde d’un jeu et de notre patrimoine, de sauvegarder l’état d’esprit qui l’entoure. Cet esprit de sociabilité qui régnait au sein du tripot et qui nous a lié pendant si longtemps, quelles que soient nos origines
    sociales, clercs, bourgeois, princes, prolétaires, ouvriers, …  
    Qu’entendez-vous par évolution ?
    Au Pays Basque, le déclin de la paume est moins prononcé que dans le reste de la France. On pourrait donc créer un jeu avec une identité basque, conservant des bases du jeu de paume
    « traditionnel » et empruntant notre culture, par le biais de la langue et de nos traditions. On y conserverait le pari, pratiqué à l’occasion des parties de paume et l’on y mêlerait le bertsu. Ces trois éléments (jeu, pari et bertsu) constitueraient une trilogie magnifique, associant le sport, le défi, et la poésie. Cette poésie spontanée, improvisée mais néanmoins réfléchie, qui a la force de l’oralité et jailli de l’instant pour rester dans nos mémoires.
    Il serait dommage de se priver de la fête que générerait un tel rassemblement populaire, clamant ses héros locaux venant de toutes nos provinces.
    Pour parler du jeu en lui-même, les supports utilisés peuvent s’inspirer de ce que l’on connaît en conservant un jeu à main nue, mais également un jeu avec des raquettes et gants qu’il s’agirait de réinventer et de produire localement. Ce serait un atout pour le pays, générant un nouvel artisanat local. N’oublions pas qu’à l’âge d’or de la paume, on estimait, à Paris, à plus de sept mille le nombre de personnes qui vivaient directement ou indirectement de cette activité.    
    En ce qui concerne la confrontation, je serais partisan d’un jeu indirect, opposant des équipes ou joueurs seuls s’affrontant face à un mur, intérieur ou extérieur comme on en connaît déjà.  
    Ce jeu serait donc un mélange de différents jeux ancestraux ?  
    Pourquoi pas ! C’est le cas de nombreux jeux et sports pratiqués actuellement et qui, j’en suis sûr, n’ont pas fini d’évoluer. Le jeu de paume lui-même est hérité d’autres jeux plus anciens issus de la Grèce ou même de l’Egypte.
    Il est dit dans les légendes de nos familles que des Gizandi, les géants basque, jouaient avec des pelotes de pierre, déployant une force herculéenne à des jeux fantastiques. On y raconte même qu’à Mutriku, en haut du Mendibeltzuburu, on trouve encore l’Aitzbiribil, cette grande pierre haute de trois mètres avec laquelle ils jouaient.   
    On pourrait alors facilement imaginer un jeu qui deviendrait un pilier de notre culture, avec des valeurs et une histoire ; empruntant à la fois notre histoire commune française et basque.

    Dame Pellegrin

     Les articles du journal

     

     

     

    Le Piéton de Saint-Esprit trouve la sentence exagérée…

    ”Mais pourquoi ces gamins se sont-ils donc mis dans cette galère !”

    Il a entendu une lavandière accuser sa voisine de s’être appropriée un linceul qu’elle avait mis à sécher sur l’herbe au pied du mur d’enceinte nord, près du lavoir de “l’Œil de le Houn’’. Leurs grands cris ont traversé le pont jusqu’au lavoir Saint-Léon.
    Après enquête, la maréchaussée a arrêté deux enfants, hauts comme trois pommes, d’à peine 10 ans. Ils avaient percé deux trous au centre du drap. Les chenapans avaient imaginé que la veille de la Toussaint, à la nuit tombée, ils allaient se déguiser en âme errante pour faire peur aux passants et se seraient attardés à passer le pont Saint-Esprit.

    Le Juge de Paix Royal, stupéfait de la chose à juger, a convoqué la lavandière, sa voisine,  les jeunes délinquants et leurs parents. Jugeant que leur jeu était stupide et immoral, ils méritaient une bonne correction. Le Juge a condamné chaque enfant à vingt coups de bâton sur les fesses en place publique. La sentence a été exécutée dimanche dernier.

    Sieur Rispal


    Je me souviens…

    J’avais 19 ans dans mon village des Aldudes où j’arpentais souvent seul,  les chemins de traverse pour aller d’un pays à un autre en quelques enjambées.
    En ces temps-là, on s’obligeait de commercer à notre façon, parfois en défiant les règles et en s’affranchissant des droits sur les marchandises.
    Il nous fallait, aussi reculés que nous demeurions, gagner quelques sols en plus de notre honnête ouvrage. Je participais donc à la contrebande avec quelques-uns de mon âge que j’avais en forte affection, sans violence ni  provocation à l’encontre de la douane ou de la maréchaussée que nous traitions avec amusement.
    Cependant  la débrouille était aussi façon de vivre, de vivre fort, de vivre intensément. Malgré nos calculs, le risque dans le hasard faisait partie du jeu. La course et les aventures nourrissaient nos natures. Nous étions forts dans nos montagnes et libres d’exercer nos talents !
    Parfois seul parfois en famille, nous planifiions nos missions, gageant  une  chance, nous en remettant à notre bonne fortune, pour nous charger de plus de trente kilos de petits matériels pour voiture, voiture à cheval, navire ou matériaux de calfatage, outils pour la corderie des allées Paulmy de Bayonne, moult affaires extérieures à la manufacture officielle et référencées à l’Arsenal du Roi !  
    Il m’est arrivé de me charger de roues de charrette qu’il fallait faire rouler à deux, passer dans les champs à la tombée de la nuit, gagner l’Espagne en traversant les cours d’eau. Parfois jusqu’à la taille, et même dans la boue afin de contourner les obstacles et se soustraire de la ronde des gens de la douane, on gagnait la Navarre. Au village d’Elizondo, mon cousin, mon grand frère contrebandier, y convoquaient des gens de bras de ce commerce parallèle. Nous trébuchions sur les sentiers encombrés des pierres rouges des carrières d’Almandoz destinées aux  belles demeures des anciens émigrés revenant des Amériques! Autant de signes qui nous révélaient  la proximité de ce beau village de Navarre. Aussi, pour déjouer les cognards ou les gens de basse besogne à la solde de bandits, nous nous mêlions souvent aux populations arrivant des villages alentour lors de la foire aux bestiaux le dimanche précédant la St Jacques. Heureux des missions, nous vaquions avec eux à manger le «Txuri-tabelz» et, fiers de l’effort dans l’ouvrage, mes compagnons et moi nous plaisions enfin à contempler le vieux drapeau de la vallée, comme si nous avions combattus nous-même dans la fameuse Bataille des Navas de Tolosa…
    Je me souviens d’un chef ; (champion de pelote) maître de jeu de longue paume, partit de Bearrits (en 4L) carriole à quatre vieux chevaux pour faire une livraison sur la capitale (Paris). Il avait voyagé d’abord jusqu’à Madrid pour convoyer des denrées de bouche mais s’était fait arrêter par les douaniers. Il n’a jamais avoué le fond de son ouvrage, tout comme moi lorsque ceux-ci m’avaient pris un jour en sortant d’une campagne pyrénéenne. J’avais été soumis à la question mais je n’ai jamais révélé la main forte que je prêtais à mes frères de commerce…
    Comme j’avais la jeunesse et la ténacité des gens de cette belle contrée, les gens se montraient valeureux à protéger leurs affaires et le fruit de leurs efforts. Ce fut une grande émotion de campagne qui me renforça à jamais dans ma vigilance à garder les apparences toujours aussi neutres que possible et dénuées d’intérêt.
    Je me souviens que, outre les intérêts pécuniaires, c’est d’abord l’aventure qui l’emporta…

    Propos recueilli de Sieur Luciaga, sous la plume de Sieur Bladé

     

    Le JOURNAL Les nouvelles de Bayonne / Version numérique avec des articles et des dessins inédits !Dessin M. Neveu© jérôme Doucourtioux

    Presque 100 ans et une mémoire qui en dit long !

    Rencontre et témoignage d’un homme d’exception ce Mercredi 2 novembre 1675 au Séqué.

    « Aujourd’hui, j’ai 99 ans et presque autant d’années de souvenirs.

    J’ai connu des guerres, la prison et vécu deux évasions en me déguisant pour échapper à mes geôliers.

    J’ai vécu sous Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV et malgré mon âge, les dates et noms me sont encore très précis.

    J’ai connu deux siècles et de nombreuses personnalités : Richelieu, Mazarin, D’Artagnan, Shakespeare, Cervantes,  Molière, Lully, Racine, Rubens, Le Sueur, Pascal, Poussin, Molière.

    Mais ce que j’ai voulu par dessus tout, c’est servir mon pays. Je n’ai eu qu’un seul métier dans ma vie. J’étais un fonctionnaire, un important représentant de l’administration des Douanes.

    J’ai connu les Grandes Découvertes qui ont bouleversé les axes commerciaux. Le commerce maritime qui jadis empruntait la route traditionnelle de la mer Méditerranée à la mer Baltique, conquiert désormais l’espace Atlantique ; le port de Bayonne est une formidable porte ouverte vers le nouveau monde.

    Ah ! l’océan, pourvoyeur de richesses tant convoitées ! Représailles, violences, pillages, vengeances privées et abus immenses; cet espace libre est devenu le théâtre de combats.

    Ne vous ai-je pas raconté que c’est justement au théâtre que j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme ?

    Femme libre et de caractère, c’est en m’offrant du tabac que j’ai fait la connaissance d’Hermine.

    Et Colbert ? Ce père de la douane, de 40 ans mon cadet, encourageant la marine marchande, le commerce et l’industrie et qui, de Bayonne, m’a envoyé aux Antilles pour développer le commerce international dans les colonies. Hermine m’a suivi. Elle a découvert la culture du tabac qu’elle appréciait, moi, l’opium et ses effets.

    Au crépuscule de ma vie à Bayonne, je n’ai ni regret ni mélancolie même si je n’ai pas oublié la ferme de mon enfance à Evran, ma mère, mon frère, son épouse et leur fils. Ma richesse n’est pas le nombre de mes années mais le souvenir de ceux que j’ai aimés. »

    Propos recueilli de Sieur Neveu, sous la plume de dame Berdalle

     

    Le Bayonnais Paskoal Irritxar épouse Maria Sanchez.

    Le ténébreux Paskoal Irritxar a demandé la main de Maria Sanchez. Comme si les Pyrénées s’étaient littéralement liquéfiées pour dissoudre les frontières. De quoi rendre jalouse toutes les bayonnaises.

    Mais qui est cette jeune fille : Maria?

    D’où venez-vous, belle ibérique?

    Je suis née en Espagne pendant le Siècle d’or, à la fin de la dynastie des Habsbourg. Issue d’une famille de onze enfants, nous vivions les bouleversements de notre société conséquents de la guerre des Trente Ans. Mais une autre guerre couvait, nos intérêts économiques et territoriaux étaient menacés, notamment au nord, dans les pays bas que notre puissant voisin français et ses alliés convoitaient. Nos provinces étaient de plus en plus isolées économiquement et nous commencions à souffrir tant d’un appauvrissement des consciences que des vaillantes attentions de notre souverain Philippe IV. Malgré l’énergie de négociation du français Mazarin, les tensions dans mon pays nous plongeaient tous dans un cruel désarroi. Curieusement les bien-penseurs d’alors auguraient un courant fédérateur d’intérêts et de talents, mais après quelques sacrifices…

    Le sacrifice, notre famille l’a vécu. J’ai dû quitter mon pays dans ma quatorzième année. En ces temps là on s’obligeait d’envisager un avenir au-delà de cette chaine pyrénéenne qu’il nous fallait franchir à fort prix. La plupart de mes frères refusaient de partir, et là aussi nous avons sacrifié le cœur familial en risquant alors l’aventure mes parents, ma sœur et moi seulement. C’est le cœur lourd que j’ai dû quitter ma fratrie et mon logis, le berceau de Pedro Calderon, Diego Velasquez, ou encore Cervantes, pourtant illustres représentants adulés par le monde européen. Ce monde européen qui se déchirait sous le regard implacable de cette montagne pyrénéenne, à la fois promesse et obstacle.

    Nous l’avons rejoint en nous cachant, humbles, effrayés par l’inconnu et pourtant déterminés.

    Je suis arrivée à Bayonne le 11 août 1671, cela fera quatre ans ! Après des jours et des nuits de marche intensive et éprouvante. « Baiona » a de suite résonné en moi comme la promesse d’un bel avenir car je me suis très vite sentie chez moi. J’avoue d’ailleurs me sentir aujourd’hui plus Bayonnaise qu’Espagnole.

    En 1672, la guerre de Hollande a pourtant éclaté réduisant en poussière les espoirs de retrouver l’intégrité de ma famille. J’ai appris en effet que mes frères, jusqu’alors en Espagne, avaient dû fuir eux, avec contraintes et sans aucun bien, pour aller se réfugier en Russie. Après réflexions, mes parents ont bientôt pris la douloureuse décision de les rejoindre, ils souhaitaient tout rebâtir ensemble. J’aurais peut-être dû les suivre, mais quelque chose me retenait à Bayonne, quelque chose de mon âme, une nouvelle vie ; ma nouvelle vie.

    Puis ce fut quelqu’un qui m’enracina tout à fait…

    Je fis la connaissance de Paskoal.

    C’est au bal que Paskoal a rencontré sa belle…

    Après la procession de la Fête Dieu, dans la ronde de couleurs et de musique mêlant marchands, artisans et autres sur la place Notre Dame. Tout semblait renaître, tous se sentaient bercés dans un nouvel élan, comme ce bal qui suivit d’ailleurs.

    Alors que toutes les filles espéraient que ce beau jeune homme les invite, lui avait déjà jeté son dévolu sur elle. Maria. Il l’avait déjà aperçu lors de festivités mais ne connaissez que très peu de choses d’elle. A chaque fois, tout ce qu’il en gardait était son regard irrésistible, doux et perdu à la fois. Ce charme fort et fragile habitait ses rêves chaque nuit et renforçait son ardeur tant à l’ouvrage qu’au jeu de paume…

    Dans le sillage des travaux de l’ingénieur Louis de Foix, il travaillait à repousser les bancs de sables au nord du Boucau pour ouvrir définitivement l’accès au port de Bayonne, promis à un grand avenir commercial. Marin ou terrien, il n’avait jamais vraiment su, il aimait marier les deux aspirations. Heureux de délivrer les bateaux de haute mer pour leurs voyages risqués, se réjouissant par ailleurs de voir son ouvrage favoriser l’essor du port et la prospérité de sa région. Celle-là même qui invitait les personnalités illustres à s’intéresser à la stratégique place forte de la cité.

    Il lui arrivait de suivre de loin les cortèges des délégués royaux, magistrats et autre dignitaires cherchant à consolider l’institution de Colbert grâce aux affaires de l’Arsenal du Roi. Fier aussi d’être Irritxar ; celui qui était encouragé par les nobles gens du commerce qui se risquaient parfois, dans les rues près des remparts, à regarder les parties de pelotes. Même si, à cette débauche physique, les notables préféraient le jeu de quilles dont l’élégance du geste était remarqué.

    C’est dans l’euphorie de la course des garçons bouchers qui avaient lâché leurs bœufs du coté des Capucins, que Paskoal l’avait revue : belle, enjouée, forte.

    Maria avait accepté son invitation au bal, après vêpres, et s’était tout de suite réconfortée dans son regard puissant.

    Ils conjuguèrent aisément leur gout pour les choses simples et intenses, les joies libres que leur offrait une ville en plein essor malgré une époque troublée.

    Troublée, Maria le fut quand le jour du départ de ses parents arriva. Ils insistèrent bien sur pour qu’elle suive, en devinant son malheur de la couper de sa toute nouvelle vie.

    Dans un instant de grand tourment, elle avait même écrit sur un billet humide de larmes :

    • Je ne m’imagine pas un instant vivre sans lui. Apparemment, lui non plus ne peut pas se passer de moi, car il n’a pas supporté d’apprendre que je devais quitter les terres françaises pour me rendre si loin à l’Est, en Russie !

    De son coté, Paskoal ne se rendait plus au fronton des remparts et évitait les marchés et regroupements festifs afin de ne pas souffrir en me voyant perdue pour lui. Le mur contre lequel il jouait jadis était devenu celui de son cœur.

    Je me souviens…

    Je n’eus pas à abandonner ce triste billet à mes parents. Le soir même, son père a frappé à notre porte. Quel bonheur ! Il venait, courageux, demander ma main pour son fils.

    Le mariage sera célébré le 20 juin de l’an de grâce 1680 . L’an 1 pour ma petite personne…

    Ma famille va partir loin de moi dans peu de temps et je ne pourrais partager cela avec mes proches. Je ne sais pas si je les reverrai un jour. Heureusement les Irritxa sont d’une bonne famille et je leur suis très reconnaissante de m’accueillir ainsi, orpheline de terre de naissance mais si riche d’une renaissance.

    Propos recueilli de Dame Maria, sous la plume de Sieur Bladé

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    Dessin/ Colbert©Jérôme Ducourtioux

     

    L’ÉQUIPE DE RÉDACTION

    Direction artistique
    Kristian Frédric - Cie Lézards Qui Bougent
    Comité de rédaction
    Claude Labat - Virginie Diribarne - Céline Berdalle
    Avec la participation du Musée basque et d’histoire de Bayonne,du Pôle des archives de Bayonne, de l’association La vie en mots,
    de la Médiathèque des Hauts de Bayonne, de l’EHPAD du Séqué de Bayonne
    Coordinatrice Lucile Labonne

    Les rédacteurs
    Jackie Rubichon, Sylvia Othondo, Christian Rispal, Fabrice Maigniez, Sonia Etcheto, Claire Rivière, Jean-Paul Guimbretière, Jade Pellegrin, Joseph Luciaga, Jean Bodeau, Eugène Neveu, Maria Beaudonne, Christophe Bradé, Antoine Lenguin, François Douan

    Les Illustrateurs
    Patrice Lesparre, Jean-Paul Guimbretière, Jérôme Ducourtioux

    Les calligraphes
    Isabelle Karas, Catherine Haristoy, Muriel Godet, Françoise Le Goff, Agnes Houlez, Maité Carrere, Nicole Lapeyre, Pierre Lapeyre, Suzanne Bellon, Geneviève Dubrana, Yolande Petit, Madeleine Boy, Mylène Armengaud, Corinne Blaise, Mylène Demouy, Jacques Meunier, Françoise Devaux, Sophie Texier, Joana Pensec

    Mise en page  Studio de graphisme Lézards qui Bougent / Sophie Darricau & Youri Fernandez


  • Les Nouvelles de Bayonne / Rive gauche et Rive droite, ce journal sera réalisé par les habitants avec pour sujet : Bayonne au XVIIIème siècle. Articles, chroniques, fait divers, Roman/feuilletons, illustrations, publicité… le composeront et conteront ou suggéreront des faits de cette période de l’histoire de la ville avec annonce du spectacle La vraie vie de Gennaro Costagliola. Un des roman/feuilletons de la création écrit par François Douan et illustré par Patrice Lesparre sera également édité dans cet exemplaire.

    Toutes les personnes qui le souhaiteront pourront s’exprimer et nourrir cette envie de parler de notre ville au XVII ème.
    Les articles ou autres documents qui ne pourront être imprimés seront diffusés ici.
    Alors n’hésitez plus pour participer à cette création journalistique et artistique !

    Claude Labat, historien bayonnais vous accompagnera dans vos recherches historiques et vous fera partager ses connaissances. Bientôt une vidéo de Claude !

    Le Musée Basque de Bayonne, partenaire du projet, proposera aux participants une visite guidée du Musée accès sur le XVII eme siècle, et vous invitera pour vos recherches au Musée…

    La calligraphie du journal sera réalisée par l'atelier de calligraphie de la MVC du Centre, une occasion de découvrir cet art !

    La pré-maquette du journal :

    Le Journal

    LE PLANNING POUR LES RÉDACTEURS DU JOURNAL

    LES RENCONTRES AVEC CLAUDE LABAT ET LES VISITES GUIDÉES DU MUSÉE BASQUE ET DU BUREAU DES ARCHIVES

    Les articles doivent être remis à la Compagnie Lézards qui Bougent le lundi 30 novembre au plus tard, au format texte (.doc ou autre logiciel de traitement de texte) à l’adresse email : secretariat@lezardsquibougent.com
    Pour les personnes ne possédant pas d’ordinateur, l’article pourra être rendu de manière manuscrite.

    Un comité de lecture se réunira afin de sélectionner les articles qui seront publiés dans le journal. Tous les autres articles seront mis en ligne sur le  site www.lavraieviede.com
    Ce comité est composé de :    - Céline Berdalle (Compagnie Lézards qui Bougent)
                    - Claude Labat (Association Lauburu)
                    - Virginie Diribarne (Ville de Bayonne)
    Accompagnement de l’historien Claude Labat
    Étant passionné sur l’histoire de Bayonne et de ses environs, Claude Labat vous propose des temps de rencontre afin de vous accompagner dans vos recherches et vos écrits, sur les dates suivantes à la Factory 64, 6 ter avenue Jouandin / 2eme étage / App 114 à Bayonne :
    - le vendredi 9 octobre à 18h30
    - le mardi 27 octobre à 18h30
    - le vendredi 13 novembre à 18h30

    Rencontre de Claude Labat avec les habitants du Séqué, organisée en partenariat avec l'EHPAD

    - le mardi 27 octobre à 15h30 à l'EHPAD du Séqué
     

    Partenariat avec le Musée Basque
    Afin de vous accompagner dans vos recherches historiques, le Musée Basque organise des visites guidées le samedi 17 octobre et le dimanche 25 octobre à 14h.
    Ces visites sont gratuites et ouvertes à tous sur inscription. La jauge étant limitée à 25 personnes.
    Les visites guidées aborderont les thèmes suivants :
    -  découverte du port de Bayonne
    -  la guerre de course
    -  le chocolat
    -  la famille Grammont

    A la suite de ces visites, il vous sera possible de revenir individuellement au musée. Il vous suffira de présenter votre nom à l’accueil.

    Partenariat avec le Pôle d’Archives de Bayonne et du Pays Basque
    Dans le même cadre que le Musée Basque, le bureau des archives organise une visite guidée le jeudi 22 octobre à 14h au sein de leur structure.
    Cette visite se découpera comme suit :
    -  1h de présentation de la structure et de son fonctionnement.
    -  1h d’atelier autour  des thématiques : Bayonne ville fortifiée, le port de Bayonne du XVIII° siècle, la chasse à la Baleine et le chocolat.
    Afin d’organiser ces divers temps proposés nous vous demanderons de préciser votre présence sur les divers ateliers proposés.
    INSCRIPTION : Cie Lézards Qui Bougent - Céline Berdalle - 05 59 50 36 60 - secretariat@lezardsquibougent.com


  • Atelier calligraphie dernière ligne droite !Lundi 10 novembre au matin, nous avons rendu visite aux dames de l'atelier calligraphie de la MVC du centre. A notre arrivée le lieu était très silencieux, elles étaient plongées dans leur tâche, les têtes baissées, très concentrées. Sur la table, papier, encre, plumes, lunettes, loupe … typopgraphie du XVII eme…Silence… Mais attention, nous avons été accueillis avec de beaux sourires et des rires car même si le travail est studieux, ces dames rient beaucoup ! Elles sont des passionnées appliquées !!!!

    Avant-dernière séance avant le rendu de leur travail sur l'écriture des titres et sous-titres du journal Les Nouvelles de Bayonne de 1675 ! Donc bientôt vous découvrirez leur création à toutes et tous. Sur les photos de Jean-Paul vous pourrez lire le témoignage du groupe de l'après-midi, calligraphié ! Encore merci pour votre accueil, vos réalisations et votre implication, le challenge n'était pas facile et vous l'avez relevé !

    CLIQUEZ ICI POUR VOIR LES PHOTOS


  • Deuxième RDV à la Factory 64 pour les rédacteurs du journalLa séance pour la rédaction du journal du mardi 27 octobre s'est découpée en deux temps.

    Patrick Ahetz Etcheber, président de l'association "La vie en mots", a eu la gentillesse de faire partager à notre équipe de journalistes quelques notions sur l'écriture journalistique. Son intervention a été très appréciée par le groupe et s'est avérée très judicieuse au vue de la tache qui attend la fine équipe.

    Dans un deuxième temps, Claude Labat a continué a transmettre ses connaissances au groupe sur la vie des bayonnais au XVIIeme siècle. Les discussions auraient pu durer jusqu'au bout de la nuit surtout que les deux ateliers de recherches historiques au Musée Basque et au Pôle des archives avaient nourri la curiosité de tous !

    En tous les cas les quinze journalistes en herbe des Nouvelles de Bayonne sont bien partis pour nous écrire de beaux articles !

    Prochain RDV le 13 novembre à 18h30 à la Factory 64





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